Journées du Patrimoine : Le Ministère de la Justice (1/3) : Ajouté le 15/9/2007 à 13:48
L’hôtel de Bourvallais, place Vendôme, accueille la Chancellerie depuis près de trois cents ans. C'est un lieu empreint d'Histoire, où s'est jouée la conquête de nos droits et de nos libertés. Le chancelier d'Aguessau sous l'Ancien régime, Danton et Cambacérès sous la Révolution et l'Empire se sont succédé dans ces murs. C'est ici également que Michel Debré, Garde des Sceaux, a préparé la Constitution de la Ve République, qui définit l'organisation des pouvoirs politiques en France. Témoin de toutes les grandes étapes de la construction de notre démocratie, ce ministère incarne la continuité du Droit et de la Justice dans l'histoire de notre Nation.
Lieu de mémoire, le ministère de la Justice est surtout un lieu de vie où se construit tous les jours l'avenir des Français, de tous les Français. Du code civil au code pénal, en passant par l'organisation des rapports de nos concitoyens entre eux ou avec l'administration, les missions de la Justice sont nombreuses. La Chancellerie rassemble des magistrats, fonctionnaires et agents publics, hommes et femmes aux parcours parfois très divers, mais qui œuvrent dans un même but : renforcer notre État de droit, protéger les citoyens, construire l'Europe de la Justice. Avant d'être un « palais de la République », cette maison est d'abord un lieu de travail au service des Français.
Je suis heureuse de vous accueillir au ministère de la Justice à l'occasion des journées européennes du patrimoine, et je vous souhaite, à toutes et à tous, une très bonne visite.
Rachida Dati.
Depuis près de 300 ans, sans interruption, la Chancellerie située Place Vendôme, accueille les Chanceliers de France, Gardes des Sceaux et les ministres de la Justice
Située sur l’une des plus prestigieuses places de Paris, la Chancellerie témoigne en ces lieux de la pérennité de l’État.
Danton, D’Aguesseau, Napoléon 1er... les noms de personnalités illustres résonnent dans l’Hôtel de Bourvallais comme pour en scander l’histoire. Tous y ont laissé leur empreinte. Extension, embellissement de l’Hôtel d’une part, affirmation de la fonction de ministre de la Justice de l’autre, ainsi se sont entremêlés pendant près de trois siècles architecture, art et politique.
La place Vendôme
Depuis 1718, la Chancellerie occupe les numéros 11 et 13 de la place Vendôme, au cœur de Paris.
Afin de montrer les liens qu’il entend conserver avec Paris, en dépit du départ de la Cour et des ministres pour Versailles, Louis XIV toujours soucieux de son prestige, veille personnellement à l’embellissement de la capitale. Le monarque discute les plans, hâte les travaux. Il s’entoure d’une remarquable équipe d’urbanistes : Le Brun, Hardouin Mansart, Perrault (frère du conteur), qui s’inspirent des grands travaux de l’Antiquité et font de Paris la capitale du classicisme. Elle est à l’origine, destinée, à recevoir les principales institutions du Royaume : la Bibliothèque royale, les académies, la Monnaie...
En 1810 la place Vendôme reçoit en son centre l’actuelle colonne. Elle succède à une effigie de la République érigée en 1795, qui avait elle-même remplacé la statue équestre de Louis XIV. La colonne Vendôme s’élève à 44 mètres de haut. Dédiée aux soldats d’Austerlitz, elle est inspirée de la colonne trajane de Rome.
Son fût, coulé dans le bronze de 1200 canons, pris aux armées russes et autrichiennes est décoré, à la manière antique de bas-reliefs représentant des trophées. Constituée de 98 tambours en pierre de roche de Bagneux, elle est recouverte d’une spirale de bronze sur laquelle Pierre Bergeret sculpta une allégorie des victoires impériales longues de 220 mètres.
La colonne a successivement été surmontée de la statue de Napoléon 1er en César par Chaudet, d’un drapeau à la fleur de Lys sous la Restauration, d’un Napoléon en redingote par Seurre.
Napoléon III rendra les honneurs à son oncle en commandant au sculpteur Auguste Dumont un “Caesar imperator” sous les traits de Napoléon 1er, drapé dans un manteau court et portant la gloire, le glaive et la victoire ailée, toujours visible de nos jours.
Plusieurs noms pour un même site :
1685 - Place des Conquêtes
1699 - Place Louis-le-Grand (en l’honneur de Louis XIV)
1789 - Place des Piques
1799 - Place Vendôme

L’'escalier d’honneur, œuvre classique de l’architecture française du XVIIème siècle, orné de quatre tapisseries des Gobelins.

Du Chancelier au ministre de la Justice, Garde des Sceaux
La garde du Sceau, symbole du pouvoir royal, est confiée dès le début de la monarchie mérovingienne, à un dignitaire de la couronne nommé successivement "grand référendaire", "apocrisaire", "archichancelier", et à partir des capétiens "chancelier". Choisi dans l’entourage du monarque et, fréquemment, parmi les magistrats du parlement de Paris, il est le premier personnage du Conseil du Roi. Titulaire d’un office spécial, qui n’est ni vénal ni héréditaire, le chancelier est nommé à vie. A partir du XVIIème siècle, les charges administratives du chancelier s’étendent et son pouvoir ne cesse de se renforcer.

L’Hôtel de Bourvallais La résidence des Chanceliers et Gardes des Sceaux
4 juillet 1685, la famille de Vendôme cède à Louis XIV toutes ses propriétés au nord de la rue Saint-Honoré. Louvois et Mansart imaginent un projet grandiose : réaliser sur le site même de l’hôtel de Vendôme la plus grande place jamais dédiée à la gloire du roi.
En 1699, au 13 de la place Vendôme, le maître des requêtes Joseph-Guillaume de Vieuxville fait construire son hôtel particulier. Il l’aménage à sa guise, tout en conservant la façade, dont le style est imposé.
Cet édifice passera successivement aux mains de M. de Bruslon et du financier Poisson de Bourvallais, auquel il doit aujourd’hui son nom. En 1715, ce magnat de la finance est appréhendé et embastillé, pour détournement de deniers royaux. Il ne doit la liberté qu’à une transaction comportant, entre autres conditions, l’abandon de son hôtel au Régent, Philippe d’Orléans. Le 5 septembre 1718, un arrêt du Conseil du Roi attribue l’hôtel au Chancelier de France. L’empreinte de Louis XIV
Soucieux de magnifier son règne et de diffuser l’image de son pouvoir au-delà des frontières, le Roi-Soleil encourage le développement des arts et favorise l’éclosion, dans divers domaines, d’un savoir-faire "à la française".
Les tapisseries, vases et meubles qui ornent les différentes pièces de l’hôtel apparaissent, à cet égard, représentatifs d’un artisanat d’exception, dont la réputation s’étend bientôt dans toute l’Europe.
Console en bois sculpté doré
Les tapisseries des Gobelins
Pièces rares et uniques, les trois tapisseries disposées de chaque côté de l’escalier d’honneur proviennent de l’atelier des Gobelins. Celui-ci fut élevé au rang de manufacture royale par Colbert, surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de France sous Louis XIV. En 1667, à la suite d’un édit, l’hôtel des Gobelins accueille la Manufacture royale des meubles de la couronne, institution prestigieuse, dont la direction est confiée à Charles le Brun, premier peintre du roi et architecte des appartements de Louis XIV à Versailles.

Le Parnasse d’après Raphaël Tenture des Chambres du Vatican

Au centre de la montée de l’escalier d’honneur, l’une des 10 tentures de la série "les Chambres du Vatican", réalisées d’après les fresques de Raphaël. Apollon, Dieu de la Beauté, de la Lumière, des Arts et de la Divination joue de la " lira da braccio " (violon à neuf cordes) au sommet du Mont Parnasse. Il est entouré de neuf muses et de dix-huit poètes dont Homère, Dante, Virgile, Pétrarque et Sapho.
Sous l’Ancien Régime, le chancelier de France est le premier des grands officiers de la couronne. Porte-parole du roi, il n’est justiciable que du monarque. Maître de la Justice, il est au-dessus de tous les tribunaux du royaume et, seul, il ne porte pas le deuil des rois pour montrer la continuité de la Justice. Le chancelier est inamovible, et, s’il tombe en disgrâce par suite de désaccord avec le roi, il conserve, dans son exil, les honneurs et les privilèges qui lui sont attachés. Sa fonction principale est d’apposer le sceau royal, dont il a la garde. Aucun document, édit, traité, déclaration, lettre patente, n’est authentique s’il n’est scellé du sceau du Roi.
En théorie, les fonctions de Chancelier et celle de garde des Sceaux sont distinctes, même si elles peuvent être exercées par une même personne. Ainsi, si le Chancelier tombe en disgrâce, le Roi lui retire les sceaux, qui sont alors confiés au garde des Sceaux.
Danse des Nymphes Danse de Bergers et Bergères d’après Jules Romain
De part et d’autre de l’escalier d’honneur, deux tapisseries extraites d’une série de huit tentures qui composent "Les sujets de la fable" d’après des dessins de Jules Romain. "Les sujets de la fable" racontent les amours de Psyché, simple mortelle aimée par Eros. Cet amour provoque la jalousie d’Aphrodite qui impose à la princesse diverses épreuves. Les épisodes de ce conte austère ont été délaissés au profit de scènes plus aimables et plaisantes : festin, bain, danse, musique…
Danses des Nymphes

Danses des Bergers
Soldats portant des trophées d’après Antoine Caron
Face au haut de l’escalier d’honneur, cette tapisserie conte les mérites et les exploits d’Artémise, veuve inconsolable du roi Mausole. Les soldats portant des trophées font partie d’une tenture aux armes d’Henri IV et de Marie de Médicis, exécutée pour le mobilier de la Couronne et versée à ses collections en 1663.
Soldats portant des trophées
La Bibliothèque Royale
Chef d’œuvre du style classique du XVIIème siècle, la bibliothèque donne, par de larges fenêtres sur les jardins de la Chancellerie et accueille, depuis la fin du XIXème siècle, le bureau du garde des Sceaux. Dans sa structure, comme dans ses décors, cette pièce, située au rez-de-chaussée de l’hôtel de Bourvallais, laisse entrevoir toute la majesté d’un style conçu pour magnifier le règne du Roi-Soleil.
Dorures, symétrie parfaite des motifs sont autant de caractéristiques du classicisme en vogue à Versailles. Les détails de l’ornementation concourent, eux aussi, à donner une impression de richesse : guirlandes de fleurs, larges acanthes, masques féminins… Et, au centre de cette iconographie puissante, le soleil, motif royal par excellence, que l’on retrouve, entre autre, sur l’or des boiseries.
 Bibliothèque royale
François d’Aguesseau (1668 - 1751) est le premier chancelier à s’installer à l’hôtel de Bourvallais. Il occupe cette fonction à trois reprises entre 1717 et 1737. Né à Limoges, il devient, très jeune, avocat général au parlement de Paris, où il plaide pour le Roi, le Public et la loi, et défend les droits de l’Église. Nommé procureur général en 1700, il pose déjà à l’époque les questions essentielles de la compétence, de la responsabilité du magistrat, et celles de la conscience du juge et de son indépendance. Elevé à la Chancellerie de France le 2 février 1717 par le Régent, mais tombé en disgrâce l’année suivante, il est rappelé en 1720. Exilé en 1722, il est nommé chancelier en 1727 mais ne recouvre les sceaux qu’en 1737. D’Aguesseau mène à bien une importante réforme du droit privé : ordonnance sur les donations, sur les testaments, sur les faux et sur les substitutions.
Manufacture d’Aubusson
 Autre manufacture royale à avoir laissé son empreinte à la Chancellerie, celle d’Aubusson, située au cœur de la Creuse et réputée, au XVII ème siècle, pour ses tapisseries inspirées de l’histoire, de la mythologie, ou bien encore de la religion. Sur ce canapé corbeille, situé dans le bureau du ministre, c’est la littérature qui se trouve mise à l’honneur puisque les tapisseries qui le recouvrent illustrent quelques unes des fables de La Fontaine comme “le loup et l’agneau”, “le lion et le moucheron” ou “le renard et le bouc”.
Manufacture de Sèvres
Parmi les richesses dont dispose la chancellerie figurent quelques remarquables vases de Sèvres, manufacture royale placée sous le haut patronage de madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV. La finesse de la porcelaine, l’originalité des décors et des teintes contribuent à faire de ces vases des œuvres d’exception.

Motif vase en porcelaine de Sèvres Commode “Boulle” marqueterie
André-Charles Boulle
Présenté à Louis XIV comme le plus habile ébéniste de Paris, André-Charles Boulle (1642-1732) laisse aussi son empreinte à l’hôtel de Bourvallais , comme en témoignent ces deux commodes en marqueterie, situées dans la galerie Peyronnet.
<SPAN style="FONT-SIZE: 12pt;
|